Mardi après-midi, comme toutes les semaines, j’ai amené ma fille à son rendez-vous chez l’orthophoniste. J’avais 45 minutes devant moi. Normalement, je vais prendre un café et bosser un peu à la Betahaus, un co-working space ouvert à tous. Mais là, il faisait très beau et les grilles du Prinzessinnen Garten étaient enfin ouvertes : j’attendais ce moment depuis cet hiver !

Il m’a fallu quelques minutes pour atterrir. J’ai commandé un café, ai salué un papa du jardin d’enfant de ma deuxième fille et ai commencé mon exploration des lieux. Il y a des baraques, un bosquet de jeunes peupliers, des ruches, des plantes qui poussent, des gens qui plantent, des bancs et des chaises partout, des serres improvisées et une grande tour en bois. Tout est bricolé mais harmonieux. J’ai fait tout le tour, ai posé des questions à quelques personnes (“est-ce que les gens du quartier peuvent amener leurs déchets verts pour le compost?” – oui), ai regardé le prix des légumes, des herbes et des plantes en pot et puis je suis allée m’asseoir dans un petit coin que j’avais remarqué. J’ai pris quelques photos, ai regardé autour de moi et ai sorti mon cahier pour écrire. Avec le vent et le soleil, avec les bruits des oiseaux et de la circulation estompée, dans l’odeur mielleuse des accacias, tout se calme.

IMG_20170523_163801

C’est à la fois lent, et bruissant. Comme les fondateurs le disent dans cette vidéo, le temps prend une saveur différente dans le jardin. Et pourtant ça bourdonne ici : les gens entrent et sortent, discutent. On met en pots, on s’organise, on planifie et les abeilles butinent à tout va. Il y a des jeunes, des vieux, des enfants, des gens qui arrivent à vélo. Et pourtant on savoure le temps. Je me demandais même si un tel endroit ne stimule pas la créativite. En tous cas, plein d’idées me sont venues dans le jardin.

Prinzessinen Garten, c’est un marché de legumes. C’est un oasis de verdure. C’est un café à ciel ouvert. C’est une pépiniere. C’est un parc public. C’est un restaurant. C’est une salle de spectable. C’est un parc de jeux avec des balancoires. C’est un bien commun.

IMG_20170523_171657

Ça parait bénin mais c’est énorme: c’est un endroit où on travaille ensemble, on y teste ses idées et on apprend des autres, on y produit des légumes bio, on y fait des assemblées, des ateliers, des barbecues et des spectacles. C’est un espace ouvert, calme et beau au sein d’un quartier multiculturel, qui permet d’aborder des thêmes pas toujours très excitants comme la soutenabilité écologique et économique, les biens communs, le recyclage.

Je me suis posé d’autres questions dans le jardin, dont j’ai eu les réponses plus tard. Pourquoi ne pas avoir planté dans le sol directement, ce qui permettrait de péréniser le jardin ? Apparemment, c’est un choix délibéré de faire un jardin mobile, qui peut s’adapter à une ville qui change. Le terrain a été mis à disposition par la municipalité pour une période de 5 ans, après une bataille en 2012 pour en conserver l’usage. Donc il faut pouvoir bouger à tout moment.

Je me demandais si on pouvais y venir comme dans un parc, avec son barbecue et sa barbaque et si n’importe qui pouvait participer. En fait, on doit participer, et il y a des règles d’usage qui protègent le jardin (du coup, je crois que le barbecue et les saucisses, c’est non). D’ailleurs, elles sont rappelées avec beaucoup d’humour. Là, on nous explique que les enfants non-accompagnés dans la pépinière se verront offerts un chiot et un double-espresso 🙂

img_20170523_171351.jpg

Après cette visite au Prinzessinnen Garten, j’en suis d’autant plus convaincue : il faut multiplier les jardins partagés partout, verdir la ville, ralentir le temps, faire pousser, récolter et cuisiner ensemble. C’est bon pour nous, pour nos enfants et pour nos voisins. C’est une graine qu’on sème.

 

Adresse web du jardin: http://prinzessinnengarten.net/

Articles (anglais/italien): http://cargocollective.com/presentnature/Prinzessinnengarten

Pour celles et ceux qui veulent en savoir beaucoup: http://selfcity-project.com/blog/2015/08/17/self-organisation-needs-space-to-grow-an-interview-with-marco-clausen-from-the-prinzessinnengarten-in-berlin/

 

Advertisements